BRIBES EN LIGNE
] heureux l’homme antoine simon 28 carissimo ulisse,torna a       une "tu sais ce que c’est nice, le 8 octobre 0 false 21 18 chaises, tables, verres, a l’aube des apaches, grant est la plaigne e large carcassonne, le 06 un soir à paris au a la libération, les faisant dialoguer pour jean-louis cantin 1.-   tout est toujours en madame, vous débusquez  tu vois im font chier ce qui aide à pénétrer le folie de josuétout est i en voyant la masse aux on peut croire que martine   anatomie du m et trois (mon souffle au matin arbre épanoui au ciel un besoin de couper comme de       dans (la numérotation des  monde rassemblé deuxième apparition de portrait. 1255 : religion de josué il j’ai ajouté le "patriote",       les "je me tais. pour taire. certains soirs, quand je pour daniel farioli poussant rare moment de bonheur, derniers inoubliables, les nice, le 18 novembre 2004 mais jamais on ne  dans le livre, le       sur       magnol toulon, samedi 9 nous serons toujours ces rêves de josué, des quatre archanges que antoine simon 25 dans le train premier et  riche de mes toutefois je m’estimais antoine simon 32 les amants se et te voici humanité  “... parler une paysage de ta tombe  et pour lee       dans les textes mis en ligne       ...mai tromper le néant comment entrer dans une madame est la reine des     oued coulant       m&eacu au commencement était il aurait voulu être la vie est ce bruissement bribes en ligne a vi.- les amicales aventures l’art c’est la vous êtes ainsi alfred… deuxième essai depuis ce jour, le site se placer sous le signe de pure forme, belle muette, dix l’espace ouvert au       &eacut       embarq     le v.- les amicales aventures du où l’on revient vous avez me       l̵       &ccedi pour martine et si au premier jour il bernadette griot vient de antoine simon 15 sors de mon territoire. fais   le texte suivant a accorde ton désir à ta ….omme virginia par la en cet anniversaire, ce qui rm : nous sommes en pour yves et pierre poher et merci à la toile de autres litanies du saint nom c’était une encore une citation“tu poussées par les vagues       neige pour julius baltazar 1 le al matin, quant primes pert       parfoi dernier vers aoi f toutes mes il arriva que       allong ecrire sur les doigts d’ombre de neige pour maxime godard 1 haute     son dans les carnets       st  marcel migozzi vient de quand c’est le vent qui iv.- du livre d’artiste pour frédéric     les provisions j’ai travaillé f tous les feux se sont       la Ç’avait été la merci à marc alpozzo       et la deuxième édition du ce jour là, je pouvais sa langue se cabre devant le   voici donc la       droite (ô fleur de courge... les petites fleurs des  au travers de toi je       je je crie la rue mue douleur tandis que dans la grande références : xavier       p&eacu il faut aller voir   j’ai souvent Éléments - certains prétendent       au coupé en deux quand madame porte à       au   ces sec erv vre ile dans les horizons de boue, de madame, on ne la voit jamais       m̵ décembre 2001. madame est toute "pour tes carles respunt : allons fouiller ce triangle au programme des actions chaque jour est un appel, une autre citation"voui antoine simon 22 cyclades, iii° tes chaussures au bas de il faut laisser venir madame    au balcon       crabe- c’est le grand la terre a souvent tremblé  pour jean le ce n’est pas aux choses je n’ai pas dit que le  un livre écrit rm : d’accord sur diaphane est le mot (ou saluer d’abord les plus     dans la ruela le temps passe si vite, cet article est paru dans le       maquis dernier vers aoi       ton “le pinceau glisse sur la chaude caresse de (josué avait trois tentatives desesperees       pav&ea titrer "claude viallat, traquer toi, mésange à et tout avait ils s’étaient la vie humble chez les jouer sur tous les tableaux       allong la liberté de l’être la rencontre d’une quatrième essai de la fraîcheur et la       je me  si, du nouveau able comme capable de donner     tout autour deux ajouts ces derniers "et bien, voilà..." dit il existe deux saints portant ainsi fut pétrarque dans quand les eaux et les terres le ciel est clair au travers sainte marie,       object c’est une sorte de tout en travaillant sur les huit c’est encore à sculpter l’air :       au dorothée vint au monde  “ne pas c’est vrai       pass&e   saint paul trois toute une faune timide veille       avant       qui une autre approche de     chant de mieux valait découper dernier vers aoi après la lecture de j’oublie souvent et   que signifie pour m.b. quand je me heurte dernier vers aoi dans un coin de nice, ce qui fait tableau : ce j’aime chez pierre seins isabelle boizard 2005 heureuse ruine, pensait max charvolen, martin miguel apaches : c’est ici, me aux george(s) (s est la il y a des objets qui ont la li emperere par sa grant À l’occasion de     surgi       chaque dernier vers aoi la terre nous       " il y a dans ce pays des voies poème pour ouverture d’une pour ne faut-il pas vivre comme buttati ! guarda&nbs       ( onze sous les cercles les grands madame déchirée il n’était qu’un       l̵ 10 vers la laisse ccxxxii de la ici. les oiseaux y ont fait     après polenta       dans     pluie du générations etudiant à       o   la production quatrième essai de la galerie chave qui    nous tant pis pour eux. vous n’avez       la effleurer le ciel du bout des       pass&e 1.- les rêves de paien sunt morz, alquant a propos de quatre oeuvres de     sur la pente  de la trajectoire de ce       sabots " je suis un écorché vif. monde imaginal,       longte comme un préliminaire la  dernier salut au   pour théa et ses       le les premières       " f les marques de la mort sur       sous il est le jongleur de lui antoine simon 5  il est des objets sur 5) triptyque marocain       midi accoucher baragouiner dernier vers aoi dernier vers aoi       arauca on croit souvent que le but deuxième apparition       la imagine que, dans la reprise du site avec la (en regardant un dessin de je ne peins pas avec quoi, "ah ! mon doux pays, napolì napolì je désire un coupé le sonà depuis le 20 juillet, bribes juste un      & dans les rêves de la issent de mer, venent as derniers vers sun destre on dit qu’agathe il s’appelait pour nicolas lavarenne ma la bouche pleine de bulles préparation des les dieux s’effacent « pouvez-vous dernier vers aoi je suis bien dans bel équilibre et sa     un mois sans   six formes de la pour angelo       bonhe   un  “s’ouvre     une abeille de a supposer quece monde tienne si elle est belle ? je  on peut passer une vie   dits de aux barrières des octrois vedo la luna vedo le d’abord l’échange des passet li jurz, la noit est ma mémoire ne peut me dans les hautes herbes je reviens sur des percey priest lakesur les       &agrav vous deux, c’est joie et     ton       ma dernier vers aoi granz est li calz, si se en ceste tere ad estet ja  improbable visage pendu f dans le sourd chatoiement dernier vers aoi en introduction à le tissu d’acier       merci au printemps des     pourquoi À peine jetés dans le quelque chose  de même que les  les trois ensembles À perte de vue, la houle des nous avons affaire à de quand il voit s’ouvrir,       "       sur c’est la distance entre beaucoup de merveilles il tente de déchiffrer, dire que le livre est une       au  les œuvres de     l’é dernier vers aoi la fraîcheur et la       montag ki mult est las, il se dort quand vous serez tout l’heure de la temps de cendre de deuil de la parol

Accueil > Autres textes

RAPHAEL MONTICELLI

<- SUB IDEM TEMPUS | Buttati ->
La légende de saint Jean-Raphaël
Ecrivain(s) : Monticelli R.


Il y a tant de saints sur terre et dans le ciel, mon cher Jean-Raphaël, qu’il est impossible de les connaître et de les nommer tous. Si tout le monde connaît saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, et saint Jean-Marie, le brave curé d’Ars, peu savent qui furent saint Jean Gabriel et saint Jean Marc. Celui dont tu portes le nom est si peu connu qu’on ne le trouvera ni dans les calendriers, ni dans les éphémérides. Et même si tu cherches sur l’internet, il y a peu de chance que tu en trouves mention.
J’ai pourtant eu entre les mains un très ancien feuillet que j’eus à peine le temps de parcourir avant qu’il ne se réduise en poussière, comme s’il avait été, d’un coup, mangé par le temps.
Avant de te dire le souvenir que j’en ai gardé et pourquoi j’ai voulu t’en parler, je veux préciser dans quelles circonstances je l’ai eu sous les yeux.


Je devais être âgé d’une vingtaine d’années, et je me passionnais pour les petites églises. J’aimais la forme, la discrétion et les matériaux de ces chapelles que la ferveur populaire a semées dans nos pays. On les croirait non pas bâties de main d’homme, mais poussées du sol, comme un arbre, ou amenées là par la longue mastication du temps, comme les rochers de nos montagnes. Elles ne s’imposent pas à la vue. Presque toujours désertées, elles se nichent au sein d’un vallon, au bord d’un sentier, ou au dessus d’une rive. Elles sont entourées d’herbes folles et de chants d’oiseaux, parfois d’une musique d’eau. Quand elles ont été décorées, leurs dessins s’estompent. Souvent leur toit fuit. Les insectes s’y réfugient. Et on y voit plus souvent les marques du passage des bêtes que des hommes.


J’avais une vingtaine d’années, et je passais quelques jours d’automne dans le village où mon arrière grand-mère, ma tendre Marie-Louise, devait vivre encore quelques années. Je partais le matin, vers les sept ou huit heures, quand le soleil s’annonce, dans la fraîcheur humide, pour ne rentrer qu’au grand midi. Un jour, c’était vers une colline où je trouvais des marcassites, luisantes entre les blés fauchés. Un autre jour, c’était dans la grande forêt de châtaigniers au pied desquels venaient des bolets si beaux et si élégants que je n’osais les ramasser. D’autres fois, je partais à la recherche d’un grand arbre dont Marie-Louise gardait un souvenir ému... Marie-Louise m’avait parlé d’une petite chapelle cachée dans une forêt de chênes que longeait un ruisseau curieusement dénommé "le Jorfel". Elle parlait d’ailleurs de "La chapelle de sainte Jorfelle", sans pouvoir m’en dire davantage sur cette sainte.


J’avais donc descendu le grand pré derrière la maison, jusqu’au fleuve que l’on pouvait encore franchir à gué. Puis j’avais remonté la colline par le petit chemin bordé de châtaigniers et de noisetiers au delà desquels s’étendaient des champs de blé et de maïs, cernés de vignes.
Une fois passé le sommet de la colline le sentier se perdait dans la forêt de chênes... Je cherchai à repérer le Jorfel. "Va vers l’endroit où tu te sentiras bien" m’avait dit Marie Louise... Je savais trouver ce type de lieu : il y faut du calme, de la douceur, de l’herbe plus vive qu’ailleurs, un bourdonnement plus tranquille, un léger bruit d’eau, des froufrous dans les arbres, des mélodies dans l’air. Et une sorte de présence amicale. J’avais trouvé la chapelle.
Mal en point. Mais debout. Un petit clocher. Sans cloche. Des murs en brique que ne protégeait plus un enduit fatigué. Le bois de la porte ressemblait à une vieille peau pleine de rides et de veines saillantes. La serrure avait sauté. Je poussai la porte et ne vis d’abord, dans la pénombre, que le sol en terre battue. Puis un petit bénitier, dans un renfoncement du mur. Deux ou trois bandes de lumière dans lesquelles volait la poussière. Aux murs, des taches de couleurs qui avaient peut être été peintures. Quelques bancs. Un ou deux livres racornis. Un lutrin désaxé. Au fond, les restes d’un autel. Un tabernacle ouvert et vide.
Combien de gens étaient venus se recueillir ici ? Et pendant combien de siècles ? Et avant eux, combien d’autres avaient dû être saisis par l’apaisante présence qui se manifestait dans ce lieu ? Je me plantai au milieu de l’espace et attendis.
Il faut apprendre à se laisser conduire par le silence. Par l’abandon. Il faut apprendre à se tenir debout, sans bouger, comme pour prendre racine. Il faut attendre qu’un lieu accepte de vous accueillir. Ne jamais se sentir en pays conquis. Comme on tend la main à un animal, non pour le toucher, mais pour qu’il vienne vous renifler. La chapelle de sainte Jorfelle m’avait reniflé. Je pouvais la caresser. Des pieds, des mains et des yeux. Passer la main sur ses murs, les doigts entre les briques. Marcher en notant les irrégularités du sol. Aiguiser l’oeil à la faible lumière poussiéreuse. Passer derrière l’autel.
Il y avait là comme un vieux meuble. Quelques planches grossières sommairement assemblées. Un travail de charpente plus que de menuiserie. Pleines de crottes, de restes de terre, et, dans un coin, deux gros livres, dont on devait sans doute se servir pour célébrer la messe, et qu’éclairait mollement un maigre rayon de lumière tombé d’une trouée du toit.


Il en va des livres trouvés dans les églises, même lorsqu’elles semblent abandonnées, comme des bolets sous les châtaigniers : je ne sais pas m’en emparer. Je pris avec précaution l’un des deux livres. Il s’ouvrit sur une page qui y avait été ajoutée. Elle était belle comme la terre, et avait sa même couleur. Avec des taches de verdure et de clarté. Quelques boutons d’or. Et la figure d’un personnage debout, entouré d’arbres, sur ses épaules, un groupe d’oiseaux, gros comme un poing d’enfant, et que je ne reconnaissais pas. À ses pieds, ce qui semblait être un chien fauve ; à côté de lui, à sa gauche, une vache, qu’il tenait par un licol ; à sa droite, un mouton qui broutait ; tout autour, des sortes de petites bougies, comme autant de fleurs.. Sur le reste de la feuille courait un texte manuscrit malaisé à déchiffrer en raison du peu de lumière, de la forme des caractères, et de la langue.
Le titre pourtant m’était très clair. Je lisais :"sancti Iohanni Raphaëlis vita". C’était la vie de saint Jean-Raphaël qui m’était racontée là... 
Je parcourais, curieux, le texte. En saisissant une bribe par ci, un vague sens par là. C’était un latin populaire et malhabile, finalement plus facile à comprendre que le latin qu’on apprend dans les écoles. On devinait que saint Jean-Raphaël était né dans une époque très ancienne, pleine de froid, de terreur et de famines pour les pauvres gens. Son père exerçait le métier de "oribusierus", et, dès que Jean-Raphaël fut en âge, il l’emmenait avec lui pour lui apprendre le métier. On comprenait que Jean-Raphaël s’était retrouvé dans un monastère où son père préparait chaque année les bougies de cire pour l’usage des moines, et qu’il manifestait une telle minutie dans son travail, une tel respect pour le lieu qui l’accueillait, une telle curiosité et une telle dévotion pour la règle qu’il découvrait, que les moines l’avaient pris en grande sympathie, et que le supérieur lui proposa de demeurer parmi eux.
C’est ainsi que Jean-Raphaël devint moine.


Le reste de la feuille était davantage dans l’ombre. Je glissai doucement mes index sous le précieux document et refermai délicatement mes pouces en pinces pour le positionner à la lumière. Je déplaçai la fragile feuille, et, le temps de jeter un œil sur le reste du texte, elle s’affaissa en menus morceaux formant un puzzle impossible à reconstituer...
J’avais à peine eu le temps de relever deux ou trois phrases. Je refermai le livre pour garder au moins la poussière du document, et m’empressai de noter les quelques informations que j’avais pu apercevoir. C’est ce que je vais maintenant te dire ici, complétant au mieux pour relier les fragments du récit disparu.


 


On demanda à Jean-Raphaël de produire désormais, dans le monastère, non seulement les chandelles, bougies et cierges nécessaires à la vie quotidienne de ses frères et à leurs célébrations mais aussi de fournir d’autres églises et communautés. Il devint vite une sorte de passeur de lumière dans toute la région. Cette production l’amena à imaginer toutes sortes de moules, et à installer les ruchers nécessaires à la production de la cire. Il colora et parfuma ses bougies, en fonction des saisons, des usages, des liturgies. Ef il remerciait Dieu de lui avoir donné l’occasion de mêler l’industrie des abeilles et l’action du feu aux couleurs du monde, à ses essences, à ses odeurs. "C’est vraiment miracle, Seigneur, disait-il dans ses prières, que de retrouver, dans les lieux clos pénétrés de ténèbres, la lueur d’une flamme modeste nourrie du bourdonnement des abeilles et chargée des parfums du printemps. Je sais que, si je la laisse allumée, elle continuera ma prière, et fera monter vers vous, mes louanges mêlées à la respiration du monde."
Du vivant même de Jean-Raphaël, on s’accordait à dire qu’il y avait bien quelque chose de miraculeux dans les objets qu’il produisait. Ainsi, lorsque le vent soufflait assez fort pour pénétrer au cœur des maisons, filets d’air à peine plus forts qu’un souffle d’enfant, suffisant pour faire vaciller la flamme timide d’une bougie, celles de Jean-Raphaël demeuraient droites, hautes et lumineuses, ce qui ne manquait pas d’émerveiller le monde. Peut-être Dieu était-il sensible aux prières de Jean-Raphaël. Peut-être était-ce ses prières qui alimentaient la flamme, et pas seulement la cire. Peut-être Jean-Raphaël donnait-il à ses bougies une forme qui les protégeaient des souffles, ce qui est une autre forme de miracle. Toujours est-il que sa flamme restait droite et pure, et qu’en toutes circonstances elle repoussait les ombres à l’entour.
Jean-Raphaël se réjouissait surtout lorsque ses cierges étaient disposés dans les églises lors des cérémonies et qu’elles pouvaient alors aussi éclairer les lieux sacrés et les rituels en présence du peuple des fidèles. Mais il souhaitait que chacun pût disposer de ses bougies dans sa vie de tous les jours plutôt que d’employer ces vilains brulots de graisse et de chanvre, produisant plus de fumée que de clarté, et dont l’âcreté incommodait la respiration, la rêverie et le recueillement. Il voulait qu’elles servent à éclairer les travaux quotidiens, s’introduisent jusque dans les étables, accompagnent la marche des paysans, celle des pèlerins, quand le matin tarde ou que la nuit survient. "Ce serait lumières, Seigneur, disait-il, et ce serait encore prières dans le déroulé des jours". Mais la tâche était lourde et son travail suffisait à peine à répondre à ses commandes. Et Jean-Raphaël en souffrait.
Or, dit la légende, voici ce qu’il advint...
Jean-Raphaël avait longuement vieilli et l’heure de sa rencontre avec le Créateur approchait. Il s’éteignait lentement tout en accomplissant son travail habituel... Une nuit, les frères qui avaient rejoint leurs cellules, entendirent, venant de la chapelle, un bruit inhabituel et comme un concert d’oiseaux. Ils s’y rendirent. La chapelle était lumineuse comme en un plein jour d’été. Des centaines d’oiseaux, trompés par ce qu’ils avaient cru un soleil inattendu, s’y étaient réunis et dialoguaient entre eux dans leurs langues. Toutes les bougies, tous les cierges, fusaient de flammes lisses, joliment galbées et agréablement effilées, comme autant de langues. Devant l’autel, on trouva Jean-Raphaël, à plat ventre, comme le jour où il avait prononcé ses vœux. Il ne bougeait pas. On s’aperçut qu’il avait rendu l’âme et que son visage aux yeux clos, souriant et reposé, semblait aussi lumineux que toutes les flammes assemblées. On s’agenouilla autour de lui pour ajouter la prière des mots à celle des chants d’oiseaux et des bougies ardentes. On sut par la suite que, cette même nuit, dans toutes les maisons du monde que l’on eut à connaître, dans les villes, les villages, les campagnes, les monts, chez les pauvres comme chez les riches, toutes les bougies se transformèrent en bougies de Raphaël-Jean, melliflues, odorantes, colorées et lumineuses, et que ce phénomène dura une année entière.
C’est ce que racontait la fin du texte qui se terminait par une louange au Dieu de lumière et de bonté.
J’étais sorti de la chapelle. J’entendais, tout proche, le ronronnement du Jorfel... Je compris alors que ce nom venait de la déformation de Ioannes-Raphaël, comme si des gens pressés l’avaient prononcé. En rentrant, je racontai l’histoire à Marie-Louise. "Elle est belle, ton histoire, me dit-elle, et c’est la première fois que c’est toi qui m’en raconte une. Quand j’étais petite fille nous avions des bougies, en plus d’une ou deux lampes à pétrole. Mais il est vrai que la flamme d’une bougie est plus propice que toute autre pour parler au bon dieu".

Par la suite, j’ai essayé de retrouver la légende de Saint Jean-Raphaël, sans succès, comme je te l’ai dit, mais je garde encore le souvenir du passeur de lumière et lui demande souvent de m’éclairer.

Publication en ligne : 27 mai 2014
/ Bibliophilie

Réagir à ce texte

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette