BRIBES EN LIGNE
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 il y a le au rayon des surgelés le ciel de ce pays est tout "si elle est iloec endreit remeint li os “dans le dessin       enfant tout à fleur d’eaula danse   saint paul trois polenta À peine jetés dans le pas de pluie pour venir au labyrinthe des pleursils sous la pression des       nuage carissimo ulisse,torna a dessiner les choses banales dans les hautes herbes entr’els nen at ne pui       ma deuxième apparition       & ainsi alfred… au programme des actions       la j’écoute vos pour daniel farioli poussant antoine simon 22 pas même         &n travail de tissage, dans le nécessaire non bernard dejonghe... depuis mougins. décembre dans le pays dont je vous       "   un vendredi nous avons affaire à de Être tout entier la flamme   ces notes       grappe face aux bronzes de miodrag       "  les éditions de pour pierre theunissen la ma chair n’est antoine simon 5       m&eacu imagine que, dans la le proche et le lointain je reviens sur des     rien cet article est paru douce est la terre aux yeux ço dist li reis : agnus dei qui tollis peccata raphaël d’un côté       six je meurs de soif l’attente, le fruit     "       le c’est ici, me sixième halt sunt li pui e mult halt archipel shopping, la       la antoine simon 32       ( tu le saiset je le vois clers fut li jurz e li les parents, l’ultime edmond, sa grande dans la caverne primordiale préparation des ce va et vient entre       aujour abstraction voir figuration   encore une présentation du       sur tout en travaillant sur les passet li jurz, la noit est toi, mésange à trois (mon souffle au matin o tendresses ô mes introibo ad altare cher bernard À max charvolen et mise en ligne d’un       fleur antoine simon 3 moi cocon moi momie fuseau madame a des odeurs sauvages       fourmi deux mille ans nous mi viene in mentemi   le 10 décembre  dernier salut au       dans d’abord l’échange des dans les carnets temps de pierres dernier vers aoi       la madame des forêts de       le c’est un peu comme si, passet li jurz, si turnet a j’ai longtemps       glouss sequence 6   le d’un bout à sixième un jour nous avons     &nbs petites proses sur terre À max charvolen et martin       dans un coin de nice, du fond des cours et des et il parlait ainsi dans la antoine simon 11 il n’y a pas de plus ecrire sur à la mémoire de et que vous dire des outre la poursuite de la mise dernier vers aoi       ( dernier vers aoi       &eacut  les premières   si vous souhaitez  tous ces chardonnerets l’heure de la     quand       apparu noble folie de josué,       dans a propos d’une bel équilibre et sa     sur la pente on dit qu’agathe pourquoi yves klein a-t-il       ce granz est li calz, si se       au 5) triptyque marocain merci à la toile de pour andré quatrième essai rares le 28 novembre, mise en ligne pour mes enfants laure et je suis bien dans       gentil fragilité humaine. antoine simon 12 ...et poème pour je désire un   je ne comprends plus ouverture de l’espace pour marcel dernier vers aoi poussées par les vagues   raphaël autre citation"voui normalement, la rubrique Ç’avait été la dernier vers aoi rossignolet tu la maintenant il connaît le f le feu s’est diaphane est le mot (ou  pour le dernier jour       le     les provisions       voyage s’ouvre la il existe deux saints portant cet article est paru dans le       le quand les eaux et les terres pierre ciel  l’écriture autre citation deuxième suite       &agrav "ces deux là se       le martin miguel art et pour jean-louis cantin 1.- toujours les lettres : 0 false 21 18 je t’ai admiré, la deuxième édition du       pour la mort, l’ultime port, pour julius baltazar 1 le coupé le sonà able comme capable de donner  tu ne renonceras pas. cliquetis obscène des dernier vers aoi et la peur, présente merci à marc alpozzo la mort d’un oiseau.       la cette machine entre mes       dans il n’était qu’un allons fouiller ce triangle dans ma gorge il ne sait rien qui ne va       ruelle     pourquoi la lecture de sainte       une   tout est toujours en   anatomie du m et       &agrav en introduction à les oiseaux s’ouvrent       sur « 8° de antoine simon 23       pass&e carissimo ulisse,torna a     dans la ruela nous dirons donc au lecteur voici le premier       juin montagnesde     &nbs générations pour michèle aueret nice, le 18 novembre 2004 branches lianes ronces clquez sur dernier vers aoi le 26 août 1887, depuis quando me ne so itu pe tu le sais bien. luc ne     les fleurs du pour alain borer le 26       " 1 au retour au moment premier essai c’est       bonhe       devant la langue est intarissable le coeur du rêve, cauchemar, frères et (en regardant un dessin de dernier vers aoi equitable un besoin sonnerait bribes en ligne a attention beau « h&eacu eurydice toujours nue à antoine simon 6 un soir à paris au reflets et echosla salle si, il y a longtemps, les villa arson, nice, du 17 depuis le 20 juillet, bribes 1257 cleimet sa culpe, si       dans dernier vers aoi  hors du corps pas       en couleur qui ne masque pas la parol

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RAPHAEL MONTICELLI

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La légende de saint Jean-Raphaël
Ecrivain(s) : Monticelli R.


Il y a tant de saints sur terre et dans le ciel, mon cher Jean-Raphaël, qu’il est impossible de les connaître et de les nommer tous. Si tout le monde connaît saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, et saint Jean-Marie, le brave curé d’Ars, peu savent qui furent saint Jean Gabriel et saint Jean Marc. Celui dont tu portes le nom est si peu connu qu’on ne le trouvera ni dans les calendriers, ni dans les éphémérides. Et même si tu cherches sur l’internet, il y a peu de chance que tu en trouves mention.
J’ai pourtant eu entre les mains un très ancien feuillet que j’eus à peine le temps de parcourir avant qu’il ne se réduise en poussière, comme s’il avait été, d’un coup, mangé par le temps.
Avant de te dire le souvenir que j’en ai gardé et pourquoi j’ai voulu t’en parler, je veux préciser dans quelles circonstances je l’ai eu sous les yeux.


Je devais être âgé d’une vingtaine d’années, et je me passionnais pour les petites églises. J’aimais la forme, la discrétion et les matériaux de ces chapelles que la ferveur populaire a semées dans nos pays. On les croirait non pas bâties de main d’homme, mais poussées du sol, comme un arbre, ou amenées là par la longue mastication du temps, comme les rochers de nos montagnes. Elles ne s’imposent pas à la vue. Presque toujours désertées, elles se nichent au sein d’un vallon, au bord d’un sentier, ou au dessus d’une rive. Elles sont entourées d’herbes folles et de chants d’oiseaux, parfois d’une musique d’eau. Quand elles ont été décorées, leurs dessins s’estompent. Souvent leur toit fuit. Les insectes s’y réfugient. Et on y voit plus souvent les marques du passage des bêtes que des hommes.


J’avais une vingtaine d’années, et je passais quelques jours d’automne dans le village où mon arrière grand-mère, ma tendre Marie-Louise, devait vivre encore quelques années. Je partais le matin, vers les sept ou huit heures, quand le soleil s’annonce, dans la fraîcheur humide, pour ne rentrer qu’au grand midi. Un jour, c’était vers une colline où je trouvais des marcassites, luisantes entre les blés fauchés. Un autre jour, c’était dans la grande forêt de châtaigniers au pied desquels venaient des bolets si beaux et si élégants que je n’osais les ramasser. D’autres fois, je partais à la recherche d’un grand arbre dont Marie-Louise gardait un souvenir ému... Marie-Louise m’avait parlé d’une petite chapelle cachée dans une forêt de chênes que longeait un ruisseau curieusement dénommé "le Jorfel". Elle parlait d’ailleurs de "La chapelle de sainte Jorfelle", sans pouvoir m’en dire davantage sur cette sainte.


J’avais donc descendu le grand pré derrière la maison, jusqu’au fleuve que l’on pouvait encore franchir à gué. Puis j’avais remonté la colline par le petit chemin bordé de châtaigniers et de noisetiers au delà desquels s’étendaient des champs de blé et de maïs, cernés de vignes.
Une fois passé le sommet de la colline le sentier se perdait dans la forêt de chênes... Je cherchai à repérer le Jorfel. "Va vers l’endroit où tu te sentiras bien" m’avait dit Marie Louise... Je savais trouver ce type de lieu : il y faut du calme, de la douceur, de l’herbe plus vive qu’ailleurs, un bourdonnement plus tranquille, un léger bruit d’eau, des froufrous dans les arbres, des mélodies dans l’air. Et une sorte de présence amicale. J’avais trouvé la chapelle.
Mal en point. Mais debout. Un petit clocher. Sans cloche. Des murs en brique que ne protégeait plus un enduit fatigué. Le bois de la porte ressemblait à une vieille peau pleine de rides et de veines saillantes. La serrure avait sauté. Je poussai la porte et ne vis d’abord, dans la pénombre, que le sol en terre battue. Puis un petit bénitier, dans un renfoncement du mur. Deux ou trois bandes de lumière dans lesquelles volait la poussière. Aux murs, des taches de couleurs qui avaient peut être été peintures. Quelques bancs. Un ou deux livres racornis. Un lutrin désaxé. Au fond, les restes d’un autel. Un tabernacle ouvert et vide.
Combien de gens étaient venus se recueillir ici ? Et pendant combien de siècles ? Et avant eux, combien d’autres avaient dû être saisis par l’apaisante présence qui se manifestait dans ce lieu ? Je me plantai au milieu de l’espace et attendis.
Il faut apprendre à se laisser conduire par le silence. Par l’abandon. Il faut apprendre à se tenir debout, sans bouger, comme pour prendre racine. Il faut attendre qu’un lieu accepte de vous accueillir. Ne jamais se sentir en pays conquis. Comme on tend la main à un animal, non pour le toucher, mais pour qu’il vienne vous renifler. La chapelle de sainte Jorfelle m’avait reniflé. Je pouvais la caresser. Des pieds, des mains et des yeux. Passer la main sur ses murs, les doigts entre les briques. Marcher en notant les irrégularités du sol. Aiguiser l’oeil à la faible lumière poussiéreuse. Passer derrière l’autel.
Il y avait là comme un vieux meuble. Quelques planches grossières sommairement assemblées. Un travail de charpente plus que de menuiserie. Pleines de crottes, de restes de terre, et, dans un coin, deux gros livres, dont on devait sans doute se servir pour célébrer la messe, et qu’éclairait mollement un maigre rayon de lumière tombé d’une trouée du toit.


Il en va des livres trouvés dans les églises, même lorsqu’elles semblent abandonnées, comme des bolets sous les châtaigniers : je ne sais pas m’en emparer. Je pris avec précaution l’un des deux livres. Il s’ouvrit sur une page qui y avait été ajoutée. Elle était belle comme la terre, et avait sa même couleur. Avec des taches de verdure et de clarté. Quelques boutons d’or. Et la figure d’un personnage debout, entouré d’arbres, sur ses épaules, un groupe d’oiseaux, gros comme un poing d’enfant, et que je ne reconnaissais pas. À ses pieds, ce qui semblait être un chien fauve ; à côté de lui, à sa gauche, une vache, qu’il tenait par un licol ; à sa droite, un mouton qui broutait ; tout autour, des sortes de petites bougies, comme autant de fleurs.. Sur le reste de la feuille courait un texte manuscrit malaisé à déchiffrer en raison du peu de lumière, de la forme des caractères, et de la langue.
Le titre pourtant m’était très clair. Je lisais :"sancti Iohanni Raphaëlis vita". C’était la vie de saint Jean-Raphaël qui m’était racontée là... 
Je parcourais, curieux, le texte. En saisissant une bribe par ci, un vague sens par là. C’était un latin populaire et malhabile, finalement plus facile à comprendre que le latin qu’on apprend dans les écoles. On devinait que saint Jean-Raphaël était né dans une époque très ancienne, pleine de froid, de terreur et de famines pour les pauvres gens. Son père exerçait le métier de "oribusierus", et, dès que Jean-Raphaël fut en âge, il l’emmenait avec lui pour lui apprendre le métier. On comprenait que Jean-Raphaël s’était retrouvé dans un monastère où son père préparait chaque année les bougies de cire pour l’usage des moines, et qu’il manifestait une telle minutie dans son travail, une tel respect pour le lieu qui l’accueillait, une telle curiosité et une telle dévotion pour la règle qu’il découvrait, que les moines l’avaient pris en grande sympathie, et que le supérieur lui proposa de demeurer parmi eux.
C’est ainsi que Jean-Raphaël devint moine.


Le reste de la feuille était davantage dans l’ombre. Je glissai doucement mes index sous le précieux document et refermai délicatement mes pouces en pinces pour le positionner à la lumière. Je déplaçai la fragile feuille, et, le temps de jeter un œil sur le reste du texte, elle s’affaissa en menus morceaux formant un puzzle impossible à reconstituer...
J’avais à peine eu le temps de relever deux ou trois phrases. Je refermai le livre pour garder au moins la poussière du document, et m’empressai de noter les quelques informations que j’avais pu apercevoir. C’est ce que je vais maintenant te dire ici, complétant au mieux pour relier les fragments du récit disparu.


 


On demanda à Jean-Raphaël de produire désormais, dans le monastère, non seulement les chandelles, bougies et cierges nécessaires à la vie quotidienne de ses frères et à leurs célébrations mais aussi de fournir d’autres églises et communautés. Il devint vite une sorte de passeur de lumière dans toute la région. Cette production l’amena à imaginer toutes sortes de moules, et à installer les ruchers nécessaires à la production de la cire. Il colora et parfuma ses bougies, en fonction des saisons, des usages, des liturgies. Ef il remerciait Dieu de lui avoir donné l’occasion de mêler l’industrie des abeilles et l’action du feu aux couleurs du monde, à ses essences, à ses odeurs. "C’est vraiment miracle, Seigneur, disait-il dans ses prières, que de retrouver, dans les lieux clos pénétrés de ténèbres, la lueur d’une flamme modeste nourrie du bourdonnement des abeilles et chargée des parfums du printemps. Je sais que, si je la laisse allumée, elle continuera ma prière, et fera monter vers vous, mes louanges mêlées à la respiration du monde."
Du vivant même de Jean-Raphaël, on s’accordait à dire qu’il y avait bien quelque chose de miraculeux dans les objets qu’il produisait. Ainsi, lorsque le vent soufflait assez fort pour pénétrer au cœur des maisons, filets d’air à peine plus forts qu’un souffle d’enfant, suffisant pour faire vaciller la flamme timide d’une bougie, celles de Jean-Raphaël demeuraient droites, hautes et lumineuses, ce qui ne manquait pas d’émerveiller le monde. Peut-être Dieu était-il sensible aux prières de Jean-Raphaël. Peut-être était-ce ses prières qui alimentaient la flamme, et pas seulement la cire. Peut-être Jean-Raphaël donnait-il à ses bougies une forme qui les protégeaient des souffles, ce qui est une autre forme de miracle. Toujours est-il que sa flamme restait droite et pure, et qu’en toutes circonstances elle repoussait les ombres à l’entour.
Jean-Raphaël se réjouissait surtout lorsque ses cierges étaient disposés dans les églises lors des cérémonies et qu’elles pouvaient alors aussi éclairer les lieux sacrés et les rituels en présence du peuple des fidèles. Mais il souhaitait que chacun pût disposer de ses bougies dans sa vie de tous les jours plutôt que d’employer ces vilains brulots de graisse et de chanvre, produisant plus de fumée que de clarté, et dont l’âcreté incommodait la respiration, la rêverie et le recueillement. Il voulait qu’elles servent à éclairer les travaux quotidiens, s’introduisent jusque dans les étables, accompagnent la marche des paysans, celle des pèlerins, quand le matin tarde ou que la nuit survient. "Ce serait lumières, Seigneur, disait-il, et ce serait encore prières dans le déroulé des jours". Mais la tâche était lourde et son travail suffisait à peine à répondre à ses commandes. Et Jean-Raphaël en souffrait.
Or, dit la légende, voici ce qu’il advint...
Jean-Raphaël avait longuement vieilli et l’heure de sa rencontre avec le Créateur approchait. Il s’éteignait lentement tout en accomplissant son travail habituel... Une nuit, les frères qui avaient rejoint leurs cellules, entendirent, venant de la chapelle, un bruit inhabituel et comme un concert d’oiseaux. Ils s’y rendirent. La chapelle était lumineuse comme en un plein jour d’été. Des centaines d’oiseaux, trompés par ce qu’ils avaient cru un soleil inattendu, s’y étaient réunis et dialoguaient entre eux dans leurs langues. Toutes les bougies, tous les cierges, fusaient de flammes lisses, joliment galbées et agréablement effilées, comme autant de langues. Devant l’autel, on trouva Jean-Raphaël, à plat ventre, comme le jour où il avait prononcé ses vœux. Il ne bougeait pas. On s’aperçut qu’il avait rendu l’âme et que son visage aux yeux clos, souriant et reposé, semblait aussi lumineux que toutes les flammes assemblées. On s’agenouilla autour de lui pour ajouter la prière des mots à celle des chants d’oiseaux et des bougies ardentes. On sut par la suite que, cette même nuit, dans toutes les maisons du monde que l’on eut à connaître, dans les villes, les villages, les campagnes, les monts, chez les pauvres comme chez les riches, toutes les bougies se transformèrent en bougies de Raphaël-Jean, melliflues, odorantes, colorées et lumineuses, et que ce phénomène dura une année entière.
C’est ce que racontait la fin du texte qui se terminait par une louange au Dieu de lumière et de bonté.
J’étais sorti de la chapelle. J’entendais, tout proche, le ronronnement du Jorfel... Je compris alors que ce nom venait de la déformation de Ioannes-Raphaël, comme si des gens pressés l’avaient prononcé. En rentrant, je racontai l’histoire à Marie-Louise. "Elle est belle, ton histoire, me dit-elle, et c’est la première fois que c’est toi qui m’en raconte une. Quand j’étais petite fille nous avions des bougies, en plus d’une ou deux lampes à pétrole. Mais il est vrai que la flamme d’une bougie est plus propice que toute autre pour parler au bon dieu".

Par la suite, j’ai essayé de retrouver la légende de Saint Jean-Raphaël, sans succès, comme je te l’ai dit, mais je garde encore le souvenir du passeur de lumière et lui demande souvent de m’éclairer.

Publication en ligne : 27 mai 2014
/ Bibliophilie

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