BRIBES EN LIGNE
à la bonne carles li reis en ad prise sa antoine simon 18   l’oeuvre vit son     après       la sors de mon territoire. fais on dit qu’agathe  ce mois ci : sub nous lirons deux extraits de nouvelles mises en       le         &n troisième essai     les fleurs du quant carles oït la vi.- les amicales aventures       je ce 28 février 2002. lorsque martine orsoni granz est li calz, si se       sur la liberté s’imprime à dans le monde de cette le coeur du    nous (elle entretenait "mais qui lit encore le antoine simon 11 a l’aube des apaches,  “... parler une au seuil de l’atelier       mouett et que vous dire des       au descendre à pigalle, se    au balcon charogne sur le seuilce qui et  riche de mes livre grand format en trois reflets et echosla salle antoine simon 13 ne faut-il pas vivre comme cinq madame aux yeux  un livre écrit décembre 2001.  hier, 17 a claude b.   comme  les œuvres de dans le patriote du 16 mars       qui f j’ai voulu me pencher effleurer le ciel du bout des pour egidio fiorin des mots couleur qui ne masque pas le numéro exceptionnel de       juin l’erbe del camp, ki (la numérotation des dorothée vint au monde 1 au retour au moment dernier vers aoi merle noir  pour pour philippe     l’é c’est la chair pourtant  je signerai mon pas de pluie pour venir légendes de michel je sais, un monde se     double la brume. nuages       dans il y a tant de saints sur ce poème est tiré du huit c’est encore à station 7 : as-tu vu judas se percey priest lakesur les  si, du nouveau le franchissement des dernier vers aoi si elle est belle ? je "nice, nouvel éloge de la  l’écriture       le     ton le temps passe si vite, dernier vers aoi du fond des cours et des  née à       le bien sûrla i mes doigts se sont ouverts les durand : une deuxième essai des quatre archanges que seins isabelle boizard 2005 les étourneaux !    seule au avant propos la peinture est raphaËl je t’enlace gargouille f le feu m’a   au milieu de voici des œuvres qui, le m1       béatrice machet vient de écoute, josué,   encore une je suis occupé ces de prime abord, il 7) porte-fenêtre       l̵ je n’hésiterai cet univers sans dernier vers aoi toutes ces pages de nos derniers vers sun destre f toutes mes pour maguy giraud et pour pierre theunissen la en 1958 ben ouvre à ses mains aussi étaient la deuxième édition du a christiane comme c’est dieu faisait silence, mais toi, mésange à derniers       o cet article est paru dans le me       crabe- les grands merci à marc alpozzo       aujour       sur       la martin miguel art et samuelchapitre 16, versets 1 pas même onzième       bruyan       je me un homme dans la rue se prend dernier vers aoi       marche       sur       entre tendresse du mondesi peu de quelques autres 1.- les rêves de un tunnel sans fin et, à   pour olivier la littérature de travail de tissage, dans dernier vers aoi       six ce n’est pas aux choses ensevelie de silence, références : xavier clers fut li jurz e li   le 10 décembre mais jamais on ne ma mémoire ne peut me ( ce texte a antoine simon 30    si tout au long la terre nous rm : nous sommes en  “comment dernier vers aoi       le  pour de poème pour quand nous rejoignons, en       dans certains soirs, quand je mouans sartoux. traverse de de l’autre ce qui fait tableau : ce mult ben i fierent franceis e macles et roulis photo 4  les premières       l̵ deux ajouts ces derniers n’ayant pas j’aime chez pierre les dessins de martine orsoni dans les hautes herbes « e ! malvais  “ne pas       je 1- c’est dans in the country démodocos... Ça a bien un très saintes litanies une il faut dire les 1) la plupart de ces lorsqu’on connaît une et nous n’avons rien temps de pierres se reprendre. creuser son ce jour là, je pouvais       baie ce texte m’a été le 26 août 1887, depuis archipel shopping, la       object i en voyant la masse aux face aux bronzes de miodrag a la femme au recleimet deu mult je suis bien dans religion de josué il       en un les oiseaux s’ouvrent cyclades, iii° dix l’espace ouvert au passet li jurz, la noit est dans les carnets   (à   saint paul trois       en   iv    vers a propos de quatre oeuvres de si, il y a longtemps, les       &n deuxième apparition       neige chaque automne les vertige. une distance       il     pluie du       arauca       sur  les trois ensembles quand c’est le vent qui dernier vers aoi       quinze       le  on peut passer une vie   1) cette dessiner les choses banales       au il s’appelait abu zayd me déplait. pas       alla les textes mis en ligne on croit souvent que le but à     longtemps sur tout le problème présentation du tendresses ô mes envols le recueil de textes quelques textes       et tu giovanni rubino dit poussées par les vagues les dernières antoine simon 29 ce jour-là il lui sur la toile de renoir, les de tantes herbes el pre       m&eacu j’ai changé le       &ccedi la lecture de sainte       retour  dernières mises   que signifie et te voici humanité il y a dans ce pays des voies dernier vers aoi il n’est pire enfer que de soie les draps, de soie quel étonnant des quatre archanges que pour jean-marie simon et sa       ...mai et tout avait fontelucco, 6 juillet 2000 violette cachéeton sainte marie,       pour able comme capable de donner dans le respect du cahier des inoubliables, les dans ce pays ma mère à propos des grands ma voix n’est plus que dans les carnets patrick joquel vient de que d’heures d’un bout à madame est toute six de l’espace urbain, heureuse ruine, pensait siglent a fort e nagent e tout en travaillant sur les  “ce travail qui dernier vers aoi coupé le sonà       coude s’égarer on       object       entre toujours les lettres : s’ouvre la au rayon des surgelés       quand       avant       d&eacu mise en ligne d’un comme une suite de     hélas,       "       jonath dernier vers aoi sixième deux nouveauté, nous serons toujours ces macles et roulis photo a propos d’une tandis que dans la grande de pareïs li seit la pour andré à bernadette r.m.a toi le don des cris qui     extraire toutes sortes de papiers, sur    7 artistes et 1 jusqu’à il y a       les tu le sais bien. luc ne       deux   j’ai souvent       b&acir       la antoine simon 7       pass&e dans ce périlleux fragilité humaine. dont les secrets… à quoi il faut laisser venir madame       et   pour adèle et       en le 15 mai, à       droite pluies et bruines,       le etudiant à dernier vers aoi le travail de bernard dans le pain brisé son       pourqu macao grise     de rigoles en où l’on revient raphaël    de femme liseuse pour michèle gazier 1 tout mon petit univers en le grand combat : la fraîcheur et la c’était une le ciel de ce pays est tout chercher une sorte de antoine simon 21 nice, le 18 novembre 2004 "la musique, c’est le       assis hans freibach :   est-ce que pour andré villers 1) il arriva que preambule – ut pictura       la carcassonne, le 06       une cinquième citationne antoine simon 2 dernier vers aoi       apr&eg arbre épanoui au ciel qu’est-ce qui est en sculpter l’air :  référencem     dans la ruela     pourquoi la parol

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RAPHAEL MONTICELLI

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La légende de saint Jean-Raphaël
Ecrivain(s) : Monticelli R.


Il y a tant de saints sur terre et dans le ciel, mon cher Jean-Raphaël, qu’il est impossible de les connaître et de les nommer tous. Si tout le monde connaît saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, et saint Jean-Marie, le brave curé d’Ars, peu savent qui furent saint Jean Gabriel et saint Jean Marc. Celui dont tu portes le nom est si peu connu qu’on ne le trouvera ni dans les calendriers, ni dans les éphémérides. Et même si tu cherches sur l’internet, il y a peu de chance que tu en trouves mention.
J’ai pourtant eu entre les mains un très ancien feuillet que j’eus à peine le temps de parcourir avant qu’il ne se réduise en poussière, comme s’il avait été, d’un coup, mangé par le temps.
Avant de te dire le souvenir que j’en ai gardé et pourquoi j’ai voulu t’en parler, je veux préciser dans quelles circonstances je l’ai eu sous les yeux.


Je devais être âgé d’une vingtaine d’années, et je me passionnais pour les petites églises. J’aimais la forme, la discrétion et les matériaux de ces chapelles que la ferveur populaire a semées dans nos pays. On les croirait non pas bâties de main d’homme, mais poussées du sol, comme un arbre, ou amenées là par la longue mastication du temps, comme les rochers de nos montagnes. Elles ne s’imposent pas à la vue. Presque toujours désertées, elles se nichent au sein d’un vallon, au bord d’un sentier, ou au dessus d’une rive. Elles sont entourées d’herbes folles et de chants d’oiseaux, parfois d’une musique d’eau. Quand elles ont été décorées, leurs dessins s’estompent. Souvent leur toit fuit. Les insectes s’y réfugient. Et on y voit plus souvent les marques du passage des bêtes que des hommes.


J’avais une vingtaine d’années, et je passais quelques jours d’automne dans le village où mon arrière grand-mère, ma tendre Marie-Louise, devait vivre encore quelques années. Je partais le matin, vers les sept ou huit heures, quand le soleil s’annonce, dans la fraîcheur humide, pour ne rentrer qu’au grand midi. Un jour, c’était vers une colline où je trouvais des marcassites, luisantes entre les blés fauchés. Un autre jour, c’était dans la grande forêt de châtaigniers au pied desquels venaient des bolets si beaux et si élégants que je n’osais les ramasser. D’autres fois, je partais à la recherche d’un grand arbre dont Marie-Louise gardait un souvenir ému... Marie-Louise m’avait parlé d’une petite chapelle cachée dans une forêt de chênes que longeait un ruisseau curieusement dénommé "le Jorfel". Elle parlait d’ailleurs de "La chapelle de sainte Jorfelle", sans pouvoir m’en dire davantage sur cette sainte.


J’avais donc descendu le grand pré derrière la maison, jusqu’au fleuve que l’on pouvait encore franchir à gué. Puis j’avais remonté la colline par le petit chemin bordé de châtaigniers et de noisetiers au delà desquels s’étendaient des champs de blé et de maïs, cernés de vignes.
Une fois passé le sommet de la colline le sentier se perdait dans la forêt de chênes... Je cherchai à repérer le Jorfel. "Va vers l’endroit où tu te sentiras bien" m’avait dit Marie Louise... Je savais trouver ce type de lieu : il y faut du calme, de la douceur, de l’herbe plus vive qu’ailleurs, un bourdonnement plus tranquille, un léger bruit d’eau, des froufrous dans les arbres, des mélodies dans l’air. Et une sorte de présence amicale. J’avais trouvé la chapelle.
Mal en point. Mais debout. Un petit clocher. Sans cloche. Des murs en brique que ne protégeait plus un enduit fatigué. Le bois de la porte ressemblait à une vieille peau pleine de rides et de veines saillantes. La serrure avait sauté. Je poussai la porte et ne vis d’abord, dans la pénombre, que le sol en terre battue. Puis un petit bénitier, dans un renfoncement du mur. Deux ou trois bandes de lumière dans lesquelles volait la poussière. Aux murs, des taches de couleurs qui avaient peut être été peintures. Quelques bancs. Un ou deux livres racornis. Un lutrin désaxé. Au fond, les restes d’un autel. Un tabernacle ouvert et vide.
Combien de gens étaient venus se recueillir ici ? Et pendant combien de siècles ? Et avant eux, combien d’autres avaient dû être saisis par l’apaisante présence qui se manifestait dans ce lieu ? Je me plantai au milieu de l’espace et attendis.
Il faut apprendre à se laisser conduire par le silence. Par l’abandon. Il faut apprendre à se tenir debout, sans bouger, comme pour prendre racine. Il faut attendre qu’un lieu accepte de vous accueillir. Ne jamais se sentir en pays conquis. Comme on tend la main à un animal, non pour le toucher, mais pour qu’il vienne vous renifler. La chapelle de sainte Jorfelle m’avait reniflé. Je pouvais la caresser. Des pieds, des mains et des yeux. Passer la main sur ses murs, les doigts entre les briques. Marcher en notant les irrégularités du sol. Aiguiser l’oeil à la faible lumière poussiéreuse. Passer derrière l’autel.
Il y avait là comme un vieux meuble. Quelques planches grossières sommairement assemblées. Un travail de charpente plus que de menuiserie. Pleines de crottes, de restes de terre, et, dans un coin, deux gros livres, dont on devait sans doute se servir pour célébrer la messe, et qu’éclairait mollement un maigre rayon de lumière tombé d’une trouée du toit.


Il en va des livres trouvés dans les églises, même lorsqu’elles semblent abandonnées, comme des bolets sous les châtaigniers : je ne sais pas m’en emparer. Je pris avec précaution l’un des deux livres. Il s’ouvrit sur une page qui y avait été ajoutée. Elle était belle comme la terre, et avait sa même couleur. Avec des taches de verdure et de clarté. Quelques boutons d’or. Et la figure d’un personnage debout, entouré d’arbres, sur ses épaules, un groupe d’oiseaux, gros comme un poing d’enfant, et que je ne reconnaissais pas. À ses pieds, ce qui semblait être un chien fauve ; à côté de lui, à sa gauche, une vache, qu’il tenait par un licol ; à sa droite, un mouton qui broutait ; tout autour, des sortes de petites bougies, comme autant de fleurs.. Sur le reste de la feuille courait un texte manuscrit malaisé à déchiffrer en raison du peu de lumière, de la forme des caractères, et de la langue.
Le titre pourtant m’était très clair. Je lisais :"sancti Iohanni Raphaëlis vita". C’était la vie de saint Jean-Raphaël qui m’était racontée là... 
Je parcourais, curieux, le texte. En saisissant une bribe par ci, un vague sens par là. C’était un latin populaire et malhabile, finalement plus facile à comprendre que le latin qu’on apprend dans les écoles. On devinait que saint Jean-Raphaël était né dans une époque très ancienne, pleine de froid, de terreur et de famines pour les pauvres gens. Son père exerçait le métier de "oribusierus", et, dès que Jean-Raphaël fut en âge, il l’emmenait avec lui pour lui apprendre le métier. On comprenait que Jean-Raphaël s’était retrouvé dans un monastère où son père préparait chaque année les bougies de cire pour l’usage des moines, et qu’il manifestait une telle minutie dans son travail, une tel respect pour le lieu qui l’accueillait, une telle curiosité et une telle dévotion pour la règle qu’il découvrait, que les moines l’avaient pris en grande sympathie, et que le supérieur lui proposa de demeurer parmi eux.
C’est ainsi que Jean-Raphaël devint moine.


Le reste de la feuille était davantage dans l’ombre. Je glissai doucement mes index sous le précieux document et refermai délicatement mes pouces en pinces pour le positionner à la lumière. Je déplaçai la fragile feuille, et, le temps de jeter un œil sur le reste du texte, elle s’affaissa en menus morceaux formant un puzzle impossible à reconstituer...
J’avais à peine eu le temps de relever deux ou trois phrases. Je refermai le livre pour garder au moins la poussière du document, et m’empressai de noter les quelques informations que j’avais pu apercevoir. C’est ce que je vais maintenant te dire ici, complétant au mieux pour relier les fragments du récit disparu.


 


On demanda à Jean-Raphaël de produire désormais, dans le monastère, non seulement les chandelles, bougies et cierges nécessaires à la vie quotidienne de ses frères et à leurs célébrations mais aussi de fournir d’autres églises et communautés. Il devint vite une sorte de passeur de lumière dans toute la région. Cette production l’amena à imaginer toutes sortes de moules, et à installer les ruchers nécessaires à la production de la cire. Il colora et parfuma ses bougies, en fonction des saisons, des usages, des liturgies. Ef il remerciait Dieu de lui avoir donné l’occasion de mêler l’industrie des abeilles et l’action du feu aux couleurs du monde, à ses essences, à ses odeurs. "C’est vraiment miracle, Seigneur, disait-il dans ses prières, que de retrouver, dans les lieux clos pénétrés de ténèbres, la lueur d’une flamme modeste nourrie du bourdonnement des abeilles et chargée des parfums du printemps. Je sais que, si je la laisse allumée, elle continuera ma prière, et fera monter vers vous, mes louanges mêlées à la respiration du monde."
Du vivant même de Jean-Raphaël, on s’accordait à dire qu’il y avait bien quelque chose de miraculeux dans les objets qu’il produisait. Ainsi, lorsque le vent soufflait assez fort pour pénétrer au cœur des maisons, filets d’air à peine plus forts qu’un souffle d’enfant, suffisant pour faire vaciller la flamme timide d’une bougie, celles de Jean-Raphaël demeuraient droites, hautes et lumineuses, ce qui ne manquait pas d’émerveiller le monde. Peut-être Dieu était-il sensible aux prières de Jean-Raphaël. Peut-être était-ce ses prières qui alimentaient la flamme, et pas seulement la cire. Peut-être Jean-Raphaël donnait-il à ses bougies une forme qui les protégeaient des souffles, ce qui est une autre forme de miracle. Toujours est-il que sa flamme restait droite et pure, et qu’en toutes circonstances elle repoussait les ombres à l’entour.
Jean-Raphaël se réjouissait surtout lorsque ses cierges étaient disposés dans les églises lors des cérémonies et qu’elles pouvaient alors aussi éclairer les lieux sacrés et les rituels en présence du peuple des fidèles. Mais il souhaitait que chacun pût disposer de ses bougies dans sa vie de tous les jours plutôt que d’employer ces vilains brulots de graisse et de chanvre, produisant plus de fumée que de clarté, et dont l’âcreté incommodait la respiration, la rêverie et le recueillement. Il voulait qu’elles servent à éclairer les travaux quotidiens, s’introduisent jusque dans les étables, accompagnent la marche des paysans, celle des pèlerins, quand le matin tarde ou que la nuit survient. "Ce serait lumières, Seigneur, disait-il, et ce serait encore prières dans le déroulé des jours". Mais la tâche était lourde et son travail suffisait à peine à répondre à ses commandes. Et Jean-Raphaël en souffrait.
Or, dit la légende, voici ce qu’il advint...
Jean-Raphaël avait longuement vieilli et l’heure de sa rencontre avec le Créateur approchait. Il s’éteignait lentement tout en accomplissant son travail habituel... Une nuit, les frères qui avaient rejoint leurs cellules, entendirent, venant de la chapelle, un bruit inhabituel et comme un concert d’oiseaux. Ils s’y rendirent. La chapelle était lumineuse comme en un plein jour d’été. Des centaines d’oiseaux, trompés par ce qu’ils avaient cru un soleil inattendu, s’y étaient réunis et dialoguaient entre eux dans leurs langues. Toutes les bougies, tous les cierges, fusaient de flammes lisses, joliment galbées et agréablement effilées, comme autant de langues. Devant l’autel, on trouva Jean-Raphaël, à plat ventre, comme le jour où il avait prononcé ses vœux. Il ne bougeait pas. On s’aperçut qu’il avait rendu l’âme et que son visage aux yeux clos, souriant et reposé, semblait aussi lumineux que toutes les flammes assemblées. On s’agenouilla autour de lui pour ajouter la prière des mots à celle des chants d’oiseaux et des bougies ardentes. On sut par la suite que, cette même nuit, dans toutes les maisons du monde que l’on eut à connaître, dans les villes, les villages, les campagnes, les monts, chez les pauvres comme chez les riches, toutes les bougies se transformèrent en bougies de Raphaël-Jean, melliflues, odorantes, colorées et lumineuses, et que ce phénomène dura une année entière.
C’est ce que racontait la fin du texte qui se terminait par une louange au Dieu de lumière et de bonté.
J’étais sorti de la chapelle. J’entendais, tout proche, le ronronnement du Jorfel... Je compris alors que ce nom venait de la déformation de Ioannes-Raphaël, comme si des gens pressés l’avaient prononcé. En rentrant, je racontai l’histoire à Marie-Louise. "Elle est belle, ton histoire, me dit-elle, et c’est la première fois que c’est toi qui m’en raconte une. Quand j’étais petite fille nous avions des bougies, en plus d’une ou deux lampes à pétrole. Mais il est vrai que la flamme d’une bougie est plus propice que toute autre pour parler au bon dieu".

Par la suite, j’ai essayé de retrouver la légende de Saint Jean-Raphaël, sans succès, comme je te l’ai dit, mais je garde encore le souvenir du passeur de lumière et lui demande souvent de m’éclairer.

Publication en ligne : 27 mai 2014
/ Bibliophilie

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